
"Si l’homme n’était pas créé à l’image de Dieu et pour Lui, il n’éprouverait pas en lui cette passion qui le pousse à rechercher une communion toujours plus parfaite entre les hommes, telle qu’il peut le projeter dans le cadre des relations terrestres. Contact, dialogue, communauté des biens ne sont évidemment que des moyens de l’approcher. La chose même reste finalement transcendante, inimaginable.
La communion fondée d’avance par Dieu repose sur son abaissement gracieux, son humilité, son dénuement, sur l’effusion amoureuse de toute la substance de Jésus Christ,

tandis que la communion qu’il faut construire de main d’homme ne pourra jamais s’imposer (si elle le peut) sans recours à la contrainte.
Dans la communauté spirituelle vit le lumineux amour du service d’autrui, l’agapè. Dans la communauté psychique couve l’amour sombre d’un instinct tout à la fois pieux et impie, celui de l’éros. Là se trouve l’humble soumission au frère : ici la soumission à la fois humble et orgueilleuse du frère à son propre désir. Là , toute puissance, tout honneur et tout pouvoir sont remis à l’Esprit Saint : ici, les zones de pouvoir et d’influence de caractère personnel sont recherchées et cultivées. Là le service humble et innocent d’autrui : ici la manipulation calculatrice et scrutatrice de l’autre.

La réalité de la communion comme telle n’est à la merci ni de l’homme, ni du chrétien, ni même de l’Eglise. Elle est un horizon vers lequel se dirige toute expérience chrétienne de Dieu et du prochain, mais elle ne se laisse pas mesurée d’après cette expérience. La communion est l’horizon ultime que nous ne pouvons jamais rejoindre ni par notre expérience ni par nos exploits ; il reste le don éternellement gratuit."

Hans Urs Von Balthasar ; "Nouveaux points de repère" ; Fayard ; 1980 ; pp 14 -25.